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​La réconciliation et le secteur des OSBL

Mardi, 14 Novembre, 2017
Le secteur discute
Circular stream around trees. Treaty 7 Territory of Stoney Nakoda, Blackfoot, and Tsuut'ina Nations. Banff National Park.

La réconciliation est un processus qui traverse différents milieux de vie, générations et époques. Que votre organisme participe déjà aux travaux de réconciliation ou cherche à faire ses premiers pas dans ce processus, nous sommes tous parties prenantes de ce mouvement qui nous demande avant tout de reconnaître la vérité de nos expériences collectives avec les peuples autochtones et de travailler en vue de réussir la réconciliation pour un avenir meilleur.

Pendant que j’écris ces lignes, un groupe de femmes autochtones tiennent une vigile non loin du bureau d’Imagine Canada. Elles souhaitent attirer l’attention des passants sur la crise de suicides qui sévit chez les jeunes Autochtones et le manque de ressources offertes à ces jeunes dans les réserves. Leur présence, comme tant d’autres, souligne une fois de plus l’urgence du mouvement de réconciliation. Ce mouvement en est un pour les générations futures qui vivront les effets des gestes posés par nos gouvernements, les citoyens et les organismes dans le but de rétablir les relations et de respecter les cultures et histoires propres à nos terres.

Le secteur des organismes sans but lucratif (OSBL) a un rôle à jouer dans ce processus. Comme nous le savons, notre secteur se distingue par la grande diversité de ses membres, tant sur le plan de leur taille que de la portée de leurs activités, mais nous avons aussi beaucoup de points en commun. C’est ce que j’ai retenu de mes entretiens avec des responsables autochtones et non autochtones du milieu des OSBL sur les possibilités pour notre secteur de participer au mouvement de réconciliation. Le chef Robert Joseph, ambassadeur de l’organisme Reconciliation Canada, Bruce MacDonald, P.D.G. d’Imagine Canada, Marc St. Dennis, coordonnateur de la réconciliation et de la recherche à la Société de soutien à l’enfance et à la famille des premières nations du Canada et Kris Archie, directrice générale de l’organisme Le Cercle se sont prêtés au jeu de questions. Leur expertise et leurs conseils sont à la base de la réflexion suivante sur le secteur des OSBL et la réconciliation.

Qu’est-ce que la réconciliation?  

Les terres qui accueillent nos milieux de vie et de travail ont connu une longue et complexe histoire d’injustices envers les peuples autochtones. Les conclusions de la Commission de la vérité et de la réconciliation du Canada (CVR), publiées en 2015, font connaître et reconnaître ces histoires et nous donnent des outils pour faire un pas en avant. Les 94 appels à l’action émis par la CVR montrent à notre société le chemin à adopter pour entamer la réconciliation, et bien que certains de ces appels à l’action soient très concrets, ce mouvement n’est ni un projet ni un programme. Pour sa part, Marc St. Dennis définit la réconciliation comme une « relation en évolution », soit une relation « que nous sommes appelés à intégrer à notre mode de vie et à nos façons de faire pour que tout ce que nous faisons comme collectivité ou organisation soit de la réconciliation mise en pratique. Tout simplement. »

Quel est notre rôle?

Bien qu’aucun des appels à l’action dans le rapport de la CVR ne s’adresse spécifiquement aux OSBL, ils peuvent intervenir à plusieurs niveaux. Ainsi, notre secteur a une expertise très diversifiée qui lui permet de poser des gestes de réconciliation importants, que ce soit dans l’art de raconter des histoires, le renforcement des capacités ou la construction d’alliances. Kris Archie est d’avis qu’on ne peut négliger le secteur des OSBL, un secteur qui met en valeur la compassion et la générosité, comme une voix importante dans la politique, la recherche, la défense des intérêts et la prestation des services au pays.

Le chef Joseph décrit le rôle unique des OSBL dans le processus de réconciliation. Selon lui, « c’est la communauté des organismes caritatifs qui nous permet de mettre en place des initiatives de réconciliation en dehors du cadre politique et gouvernemental. On oublie souvent la partie du processus de réconciliation qui se joue à l’échelle de la collectivité, de la société, et c’est là, entre autres, que les OSBL peuvent venir accompagner l’ensemble du processus. »

Prendre le temps d’agir

C’est au moment de vouloir passer à l’action que de nombreux organismes désireux de participer à ce travail important heurtent un mur. Écoutons l’opinion des experts sur la meilleure façon d’approcher l’engagement pour qu’il soit durable et efficace à la fois.

Presque tous soulignent d’emblée l’importance de l’éducation. La réconciliation se joue à différents niveaux, mais elle commence souvent au niveau personnel. D’après Kris Archie, cette réalité aura un effet majeur sur les pratiques de financement courantes, car elle amène les gens à faire un travail qui les touchent profondément autant d’un point de vue professionnel que personnel. Elle explique également comment les administrateurs et dirigeants peuvent aider leurs employés et conseillers en financement en leur offrant du temps pour se renseigner et en permettant aux connaissances ainsi acquises d’influer sur les pratiques et processus de leur organisation, p. ex. en ce qui concerne les décisions de financement et d’investissement.

Voici une courte liste des actions recommandées aux dirigeants d’organismes :

  • Prendre le temps de lire les rapports de la CVR et en mettre des exemplaires à la disposition de leurs employés pour les rendre accessibles.
  • Inviter des facilitateurs pour une formation en compétences interculturelles afin de favoriser une meilleure compréhension de la culture et de l’histoire autochtones locales.
  • Participer à l’exercice des couvertures offert par KAIROS.
  • Réfléchir à la provenance et à l’investissement des fonds.

Marc St. Dennis évoque également l’importance de l’aspect personnel et ajoute que « nous sommes tous en train d’apprendre. Ce n’est pas quelque chose que nous pourrions réussir à 100 %, et en ce sens, c’est comme la réconciliation – un processus en continu. »

Le chef Robert Joseph offre d’ailleurs quelques conseils quant aux gestes que nous tous pourrons adopter dans notre vie personnelle. Il parle, entre autres, de sensibiliser et de renseigner les personnes dans notre entourage et de « nous traiter les uns les autres comme des êtres humains, de nous aimer, de nous honorer et de nous respecter. » Ces gestes représentent une porte d’entrée effective et accessible pour ceux et celles qui souhaitent participer au travail de réconciliation.

Il faut du courage

Changer de perspective et remettre en question nos idées reçues n’est pas un travail facile, mais tous les leaders s’entendent sur l’importance d’être courageux et honnête avec soi-même. Aux yeux de Kris Archie, « le milieu de la philanthropie entre sur un terrain inconnu jusqu’à maintenant, et c’est là que le travail personnel des gens prend toute son importance. C’est pourquoi l’approche préconisée restera toujours celle de l’invitation. » L’inconfort, la prise de risques et l’échec font tous partie du processus. Kris Archie ajoute que « nous devons continuer à nous inviter les uns les autres à participer à ces conversations, à agir, à échouer, à tout gâcher et à recommencer. La roue ne s’arrête jamais. », et elle nous rappelle que « l’inconfort est un incontournable absolu pour les personnes qui veulent travailler pour la réconciliation. »

Bruce MacDonald insiste particulièrement sur le fait que ce travail exige une démarche très différente des organisations, tant sur le plan de la prestation des services que des ressources. Ainsi, la création d’un climat de confiance et la reconnaissance de la vérité représentent en soi un ajustement dans la manière de penser des organismes. Selon Bruce, « les dirigeants dans le secteur auront tout intérêt à se dire : “Nous aurons besoin de nombreuses rencontres pour créer un lien de confiance avant de poser des gestes concrets.” Les personnes qui aiment passer à l’action rapidement auront tout un travail d’ajustement à faire. »

Enfin, à tous ceux qui souhaitent s’engager – posez des questions! Pour Marc St. Dennis, « la réconciliation, c’est avant tout une question de relation, et nous ne pouvons créer ces relations sans aller vers l’autre. » Trouver votre organisation de réconciliation locale et se renseigner sur la culture autochtone dans votre région sont deux des actions proposées par Crystal Fraser et Sara Komarnisky dans leur article « 150 actions de réconciliation » et des gestes indispensables pour créer ce type de relations.

Que pourrons-nous faire mieux?

Si nous voulons que nos efforts de réconciliation fassent une réelle différence, nous devons leur accorder toute l’attention qu’ils méritent. Questionné sur ce que nous pourrions faire mieux que dans le passé, le chef Joseph explique que « ce qui nous préoccupe avant tout, c’est la conception erronée que nous avons les uns des autres, le racisme dans notre société et la crainte d’aller envers l’autre. Je crois qu’au fur et à mesure que nous avançons dans la bonne direction, nous devrons tenter de réduire ces obstacles que sont le racisme, la haine et la discrimination. »

Et d’ajouter, « nous sommes arrivés à ce moment où l’esprit et le cœur se rencontrent, et nous sommes prêts à nous donner cœur et âme pour faire de la réconciliation une réalité. Nous allons tout essayer pour nous assurer que personne ne soit oublié et que chaque enfant né dans ce pays puisse compter sur les mêmes possibilités et le même soutien et grandir dans l’optimisme, l’amour-propre et la dignité. »

Les prochaines étapes

Considérant l’ampleur systémique du mouvement, nos organismes doivent ajuster leurs manières de faire pour maintenir la dynamique du processus de réconciliation, car leur capacité d’adaptation et d’épanouissement en ce temps de grands changements demeure un élément important. Quant aux prochaines étapes, Bruce croit que « les organismes doivent s’adapter aux changements pour demeurer pertinents », tout en gardant leur authenticité et leur intégrité.

Depuis la publication des conclusions de la CVR en 2015, les responsables autochtones dans le secteur sont témoins d’un intérêt grandissant pour les conversations et les actions concrètes. Marc St. Dennis réfère à ses propres expériences en disant qu’il a vu « une augmentation marquée surtout de la part des organismes et communautés non autochtones qui nous approchent et nous demandent conseil pour créer des mouvements de réconciliation constructifs. »

Kris Archie souligne la volonté du secteur philanthropique de prendre des risques et d’« être le premier à agir ». Elle donne l’exemple la Declaration of Action (anglais) signée par plusieurs organismes philanthropiques et bailleurs de fonds canadiens qui se sont engagés à se renseigner et à se souvenir, à comprendre et à reconnaître, à participer et à agir pour la réconciliation.

Le chef Robert Joseph affirme que la multiplication des initiatives « est de bon augure pour l’avenir de la réconciliation au pays ». Il se dit heureux de voir que « les possibilités ne cessent de surgir et que le potentiel de progresser ne s’estompe jamais. »

En cette période cruciale pour le mouvement, une période marquée à la fois par une multitude de possibilités et un sentiment d’urgence, le secteur des OSBL a clairement un rôle à jouer dans l’apprentissage et l’action sur le chemin de la réconciliation.  

 

Crédit photo : Terres du Traité no 7 des nations Stoneys-Nakodas, Pieds-Noirs et Tsuut’ina. Parc national Banff.

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