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La tension entre l’indépendance et la cohésion

Mardi, 18 Avril, 2017
Notes du PDG

Comment peut-on convaincre les organismes à collaborer pour réaliser des objectifs communs… quand l’indépendance de leur organisation et l’atteinte d’objectifs individuels dominent leur réflexion?

Au milieu des années 1980, j’ai eu la chance de participer comme bénévole à un programme de théâtre organisé par le Hamilton Downtown Family YMCA. Ce programme permettait à des personnes atteintes d’une déficience physique, affective ou mentale et des bénévoles non handicapés de se rencontrer pour présenter des pièces de théâtre du répertoire classique tout comme leurs propres créations.

Un jour, dans le rôle du narrateur, j’ai eu l’honneur de raconter une histoire créée par l’un des participants, Bill, né avec une paralysie cérébrale sévère. Malgré ses défis physiques considérables, entre autres fallait-il retenir ses bras en raison de spasmes musculaires permanents, Bill était une personne créative et pleine de vie. Dans la pièce en question, Bill comparait la vie dans un système politique fédéral à la vie d’une personne atteinte de paralysie cérébrale. Ainsi parlait-il de l’intention bien réelle du cerveau d’envoyer des signaux aux membres du corps, mais l’incapacité de ces derniers de recevoir ces messages et de fonctionner de façon coordonnée. De façon majestueuse, Bill créait des liens entre cette situation et le fonctionnement du système fédéral dans notre pays (par moment!).

Ces dernières années, j’ai beaucoup réfléchi aux questions de cohésion et d’indépendance alors que notre secteur travaille fort pour atteindre ses objectifs, qu’il s’agisse de faire changer l’opinion publique trop accrochée à un discours axée sur les dépenses ou de militer pour la création d’un environnement opérationnel, légal et réglementaire à l’image de notre temps.

Maintes et maintes fois, j’ai repensé aux mots de Bill, car ils illustrent pour moi le défi de concilier l’objectif de cohésion qui permet de tirer pleinement parti de la force collective du secteur et la nécessité de respecter l’indépendance de chaque organisation. Du cerveau humain à l’action collective en passant par le fédéralisme politique, tout un exploit!

Cependant, il est primordial que nous continuions d’avancer.

Notre capacité de générer d’importants changements dans les dossiers qui concernent les organismes de bienfaisance, sans but lucratif et toute autre organisation à vocation sociale est tributaire de notre capacité de faire un usage beaucoup plus efficace de la force de notre secteur que ce n’est le cas actuellement.

À ce sujet, j’aimerais inviter tout le monde à prendre en considération trois éléments.

Plus de cohésion ne signifie pas automatiquement moins d’indépendance

« Faire du lobbying, c’est aussi l’histoire de David contre Goliath. Même l’organisation la plus privilégiée, la mieux financée et avec un carnet d’adresses rempli pâlit devant la taille, la force humaine et les ressources du gouvernement. »

~ Scott Proudfoot, Hillwatch.com [traduction libre]

Bien trop souvent, l’idée de s’investir pour des enjeux qui dépassent le strict cadre organisationnel est perçue comme un geste posé au détriment de la mission ou de la cause d’une organisation. Selon mes observations, la plupart des acteurs dans notre secteur pensent qu’on peut faire soit l’un, soit l’autre, insinuant qu’en investissant du temps ou des ressources pour des questions pansectorielles, on nuit à la cause au cœur des activités d’une organisation. Cela dit, comme secteur, les organismes de bienfaisance et sans but lucratif espèrent exercer une certaine influence sur les décideurs politiques et les dossiers d’importance qui leur permettent de continuer leur travail pour le bien de la société. Or, cette « tension » entre le besoin de cohésion et la volonté d’indépendance constitue un obstacle important que le secteur devra repenser s’il souhaite véritablement changer la façon dont il est perçu et l’importance qu’on lui accorde. Aujourd’hui, le secteur est souvent perçu, et il se perçoit souvent lui-même, comme un « laissé-pour-compte ». Marqué par un sous-financement chronique, le « troisième secteur » ne ressemblerait à aucun autre acteur de notre économie. Pour même commencer à changer cette perception, le secteur devra trouver un équilibre dans lequel les organismes sont à l’aise d’aller au-delà de leur cause pour appuyer des initiatives communes TOUT EN sachant que leurs champs d’action respectifs seront respectés, appréciés et se porteront mieux en raison de l’effort collectif.

Cohésion ne signifie ni unité ni consensus

« Beaucoup de PDG et dirigeants pensent qu’en effet, le silence est d’or et que le consensus est un gage de bonheur. C’est vrai, parfois. Or, plus souvent que non, il est le résultat de l’absence de processus pour faire entendre les préoccupations et voix dissidentes. »

~ Margaret Heffernan [traduction libre]

Alors que nous souhaitons influencer le changement, il serait irréaliste de penser que le secteur, composé de 170 000 organismes, pourrait atteindre un consensus sur quelque question que ce soit. Au fil des ans, j’ai vu des organismes se retirer d’initiatives pansectorielles parce que sur une liste de 15 points, un seul ne correspondait pas parfaitement à ce qu’ils avaient imaginé. Leurs préoccupations et réserves étaient toutes valides.

Mais elles ont aussi contribué à paralyser le système.

Si le secteur ne parvient pas à se défaire de l’idée qu’on ne peut réussir une action collective qu’à condition d’agir dans un parfait consensus et à l’unisson, il ne sera pas en mesure de tirer pleinement parti de sa force.

Je demeure optimiste quant à la capacité des dirigeants du secteur de discuter de la marche à suivre, individuellement et collectivement, dans une optique de cohésion. Lorsque la cohésion est synonyme d’atteinte d’objectifs ou d’orientations, les organismes sont en mesure de faire valoir leur voix et leur perspective sans que les « différences » permettent de détourner l’attention de l’effort commun à la fois convaincant et déterminant orienté vers un avenir meilleur.

Lorsque gain global rime avec succès local

« Seuls, nous n’irons bien loin; ensemble, nous pourrons accomplir de grandes choses.  »

~ Helen Keller [traduction libre]

Afin de mobiliser les dirigeants du secteur, il est primordial d’établir un lien entre les activités à l’appui de notre vision globale et le travail quotidien des organismes. Un défi plus grand qu’on ne le pense!

À première vue, on serait porté à croire que les questions d’intérêt global comme une nouvelle norme sociale pour les dons de bienfaisance, de meilleurs crédits d’impôt pour les dons et un cadre légal plus adapté à la réalité du secteur seraient d’une grande valeur pour les organismes locaux. Que le développement d’un système opérationnel qui encourage les gens à assimiler la valeur de donner (et leur offre des récompenses fiscales pour leur geste) ou qui permet de créer des politiques visant à éliminer les barrières au succès saurait interpeler les organismes à l’échelle locale, provinciale et nationale.

Toutefois, si l’histoire nous a montré une chose, c’est qu’il demeure extrêmement difficile de monter un dossier d’intérêt général de manière à inspirer et susciter une réponse des acteurs locaux. Les dirigeants dans le secteur doivent se rappeler que tout effort de communication doit être conçu de façon à permettre aux organismes de facilement établir un lien direct avec leur travail et les avantages qu’ils tirent d’une initiative.

Je vous invite à réfléchir aux idées proposées par Bill. Je vous invite à amorcer une discussion au sein de votre conseil d’administration et de votre équipe sur le rôle que votre organisme pourrait jouer pour appuyer activement les efforts déployés au nom du secteur dans son ensemble. Je vous invite à faire partager votre expertise et vos points de vue avec d’autres dirigeants pour encourager l’apprentissage mutuel et l’adaptation. Enfin, je vous invite à entamer le processus qui nous permettra d’exploiter le potentiel énorme qui dort au sein de notre secteur et de réaliser nos aspirations collectives.

Malheureusement, Bill nous a quittés il y plus d’une décennie.

Je suis reconnaissant de sa sagesse et de son intelligence, puisqu’elles m’auront offert un point de référence pour réfléchir à ces grandes questions.

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