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Le « déficit social » émergent pourrait forcer les organismes caritatifs à couper des services essentiels

Jeudi, 5 Juillet, 2018
Commentaires de l’économiste en chef
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Two hands, one holding a red leaf and the other holding an acorn. There is a forest in the background.

Le Canada fait face à une crise qui, tranquillement, mais assurément, prend de l’ampleur. Cette crise prend son origine dans l’écart grandissant entre la demande, qui connaîtra une croissance fulgurante, pour les services essentiels fournis par les organismes de bienfaisance et sans but lucratif et les revenus de ces organismes, loin d’être à la hauteur de la demande.

Selon les prévisions d’Imagine Canada, un organisme national qui œuvrent au nom des organismes caritatifs, ces derniers auront besoin d’un influx de revenus supplémentaires de 25 milliards de dollars d’ici 2026 afin de répondre adéquatement à cette hausse importante de la demande. Ce chiffre s’appuie sur les tendances démographiques actuelles et une croissance moyenne du PIB estimée à 1,8 pour cent d’ici 2026 (fondé sur les projections publiées par le Bureau du directeur parlementaire du budget et Le Conference Board du Canada).

En d’autres mots, les organismes de bienfaisance et sans but lucratif devront recueillir environ deux fois plus de dons qu’actuellement pour être en mesure de satisfaire à la demande croissante pour leurs services.

C’est ce que nous appelons le « déficit social » émergent, un phénomène qui, à défaut d’apporter des changements au système en place, se manifestera sous forme d’une litanie incessante de besoins non comblés. Le coût que l’absence d’intervention imposera aux contribuables sera très important compte tenu des contraintes financières avec lesquelles les gouvernements devront composer au bout de dix ans s’ils veulent maintenir le filet social tant réclamé et apprécié par les Canadiens.

Devant cette éventualité, quelles pistes de solution devrions-nous envisager? Nous devrons d’abord comprendre les tendances démographiques, culturelles et économiques à l’origine de la croissance de la demande de services, la valeur sociale et économique qui découle de la participation des organismes caritatifs à l’élaboration des politiques macroéconomiques, ainsi que la nécessité de réformer la règlementation qui gouverne ces organismes.

La demande est stimulée notamment par le vieillissement accéléré de notre population, qui engendre nécessairement une expansion des services de soutien, par les besoins accrus d’une population de plus de plus diversifiée qui accueille immigrants et réfugiés en phase de transition, par les effets des changements climatiques sur l’environnement et les collectivités, de même que par l’augmentation de la demande pour les services de lutte contre la pauvreté considérant la concentration accrue des bénéfices associés à la croissance économique dans certains segments de la population.

Pour combler le déficit social, nous devons mettre en place des politiques économiques inclusives, équitables et soucieuses de l’environnement afin de favoriser une croissance qui profite à un plus grand nombre de personnes, particulièrement à celles appartenant à des groupes marginalisés susceptibles de dépendre davantage que d’autres des services actuellement fournis par les organismes caritatifs.

De telles politiques contribueraient à contrer le déficit social en ce qu’elles permettraient de ralentir la demande pour les services offerts par les organismes caritatifs, tout en améliorant la capacité des Canadiens à faire des dons.

L’avenir de notre économie fait l’objet de discussions engagées et les Canadiens réclament une meilleure qualité de vie associée à une croissance économique inclusive. À ce chapitre, les organismes caritatifs apportent une expertise unique qui permettrait aux gouvernements d’élaborer des politiques économiques dont les résultats profiteraient, directement et concrètement, à un plus grand nombre de Canadiens.

Les quelque 170 000 organismes de bienfaisance et sans but lucratif sont des experts de l’inclusion et de la création de valeur sociale dans une panoplie de domaines d’activités, comme les soins de santé, les services sociaux, l’éducation, le développement international et l’environnement. Si on leur accordait une place à la table de discussion, ils seraient en mesure de mettre leur créativité à contribution pour créer des politiques intelligentes permettant de maximiser la synergie entre le secteur caritatif et l’économie dans son ensemble.

La pertinence de notre secteur pour les décideurs politiques relève de son important rôle de moteur d’emploi et de croissance, illustré par sa contribution au PIB national à la hauteur de 8,1 pour cent et ses deux millions d’employés. Et c’est sans compter les 13 millions de bénévoles qui, chaque année, donnent de leur temps et de leur argent pour venir en aide à leurs concitoyens.

Les organismes caritatifs représentent un énorme bassin d’idées et de capacités dont les gouvernements devront puiser au profit de leurs populations. Toutefois, à l’heure actuelle, ces organismes n’ont pratiquement aucune voix au chapitre des politiques économiques. Cette situation doit changer si nous voulons surmonter le déficit social et protéger notre qualité de vie qui fait bien des jaloux à l’international et qui représente un élément phare de la compétitivité du Canada dans l’économie mondiale.

Pour pallier le déficit social, le gouvernement fédéral doit aussi procéder à la réforme de la règlementation qui encadre les activités des organismes de bienfaisance et sans but lucratif. Une telle réforme permettant de moderniser la relation entre le gouvernement et les organismes s’impose depuis longtemps et est indispensable pour accélérer l’innovation et favoriser l’agilité dont le secteur a besoin pour augmenter son efficience et la qualité de ses services.

Autrement dit, il faut ouvrir de nouvelles voies de financement pour les organismes de bienfaisance et sans but lucratif pour leur permettre d’assoir leurs activités sur des bases financières solides. En haut de la liste de priorités : l’investissement socialement responsable et de nouveaux instruments de capital propre qui permettront d’assouplir les contraintes quant aux revenus gagnés afin d’améliorer les capacités des organismes à fournir des services.

Notre façon de s’entraider et de soutenir nos collectivités a des effets directs sur la richesse de notre pays, et c’est pourquoi nos efforts pour contrer le déficit social profiteront à des millions de Canadiens. Nous avons besoin d’une croissance économique inclusive accompagnée d’une réforme règlementaire pour maintenir la place du Canada parmi les pays où il fait le mieux vivre et élever sa famille.

 

Pour en savoir plus, découvrez les réponses dans notre infographie #deficitsocial

 

À propos de l’auteur

En tant qu’économiste en chef pour le secteur des OSBL, Brian Emmett est chargé de mesurer l’impact du secteur et d’attirer l’attention des décideurs politiques sur les questions auxquelles les organismes de bienfaisance et les organismes sans but lucratif sont confrontés. M. Emmett est titulaire d’un diplôme en économie de l’Université de Western Ontario et de l’Université d’Essex, en Angleterre, et sa carrière dans la fonction publique a été longue et brillante. Il a été le premier commissaire du Canada à l’environnement et au développement durable, à la fin des années quatre-vingt-dix, et a beaucoup travaillé sur le Plan vert du Canada. Il a également exercé les fonctions de vice-président de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), au début des années 2000, et de sous-ministre adjoint au sein de plusieurs ministères fédéraux.

Le bureau d’économiste en chef du secteur des OSBL doit son existence au soutien financier de la Banque de Montréal, The Counselling Foundation of Canada, The Muttart Foundation et un donateur anonyme.

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