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Le secteur caritatif au Canada, hier et aujourd’hui

Mardi, 7 Juillet, 2015
Auteur invité
Patrick Johnston
Then and now: Clock face half black and half white

À titre de président du conseil d’administration de CanaDon, j’ai participé, à la mi-mai, à une Journée sur la Colline avec Imagine Canada et d’autres collègues du secteur. Un groupe diversifié dont tous les membres avaient un objectif commun : faire connaître davantage le secteur de la bienfaisance et établir des relations avec les parlementaires.

Je n’étais pas à ma première activité de ce genre à Ottawa. En fait, notre Journée sur la Colline s’est déroulée, à une journée près, 20 ans après mon entrée en fonction comme président-directeur général du Centre canadien de philanthropie, un des organismes prédécesseurs d’Imagine Canada.

Cette belle coïncidence m’a donné l’occasion de réfléchir à ce qui a changé dans le secteur depuis 1995, et à ce qui n’a pas vraiment changé. Dans les deux cas, la liste est longue. C’est pourquoi je n’aborderai que sur les sujets que je crois être les plus importants. D’abord, regardons du côté des changements.

Finances

Trouver suffisamment de revenus demeure la première préoccupation des organismes actifs dans le secteur. Cependant, aujourd’hui, la discussion est beaucoup plus diversifiée, profonde et nuancée. Dans le passé, le débat tournait presque exclusivement autour du versement de fonds sous forme de subventions gouvernementales et de dons de bienfaisance. À l’heure actuelle, nous parlons de générer des fonds et de concepts comme l’entreprise sociale, les obligations et l’investissement à impact social. Nous avons sérieusement développé nos connaissances quant aux outils à notre disposition pour financer le travail des membres du secteur.

Résultats

Aujourd’hui, la pression de faire état des résultats de notre travail est nettement plus grande qu’auparavant, et cette pression vient souvent des bailleurs de fonds, que ce soit des particuliers, des membres du milieu philanthropique ou des gouvernements. Il y a 20 ans, de façon générale, un organisme de bienfaisance n’avait qu’à dresser une liste de ses résultats immédiats (p. ex. le nombre de clients servis). Ces jours-ci, un organisme doit plutôt expliquer ses résultats et comment ces derniers ont influé sur la vie des individus et des collectivités.

Compétition

Le milieu caritatif est, et a toujours été, compétitif, mais la concurrence est devenue beaucoup plus diversifiée. D’un côté, les grandes sociétés comme McDonald’s et Canadian Tire s’engagent activement en collecte de fonds au profit de leurs fondations de bienfaisance qui sont directement liées à leur marque de commerce. De l’autre côté, des entreprises à vocation sociale voient le jour, dotées de mandats aux allures caritatives. Cependant, le plus grand défi vient probablement des sites de financement participatif comme Indiegogo et Kickstarter. On évalue le nombre de telles plateformes virtuelles à 1250 à l’échelle internationale (117 au Canada) aujourd’hui, et le montant d’argent recueilli de cette manière à 16 milliards $ US en 2014. La plupart de ces sites n’ont rien de caritatif d’un point de vue juridique, mais les causes qui y sont présentées ressemblent souvent à s’y méprendre à celles défendues par les organismes de bienfaisance enregistrés.

Voilà trois des changements majeurs à être survenus dans le secteur depuis 1995. Alors, qu’est-ce qui n’a pas changé? J’aborderai trois sujets en particulier.

TDA gouvernemental

Depuis 20 ans, le gouvernement fédéral souffre d’un trouble déficitaire de l’attention en ce qui concerne son engagement envers le secteur de la bienfaisance. Lorsqu’il y a engagement, il peut s’avérer très positif. Or, comme nous avons vu, il peut également prendre une tournure négative. Certaines politiques, comme le projet de loi C 470 au sujet de la rémunération dans le secteur, sont fondées sur des récits anecdotiques relayés dans les médias plutôt que sur des connaissances et une compréhension approfondie du secteur. De surcroît, des dissonances entre des gouvernements et les organismes de bienfaisance sur des enjeux politiques spécifiques peuvent venir refroidir les ardeurs des organismes à participer au débat public.

Toutefois, dans l’ensemble, les organismes de bienfaisance occupent une place de second ordre, et l’engagement du gouvernement demeure épisodique et ad hoc. Il en résulte l’absence de relations bien entretenues et bien intentionnées. C’est pourquoi, parfois, des initiatives considérées comme prioritaires par le secteur traînent pendant des années. Un exemple parfait d’une telle situation est le sort du crédit d’impôt allongé pour le secteur de la bienfaisance et sans but lucratif, une mesure que nous avons défendue pendant nos rencontres en mai. Les plus anciens parmi nous se souviennent d’avoir mené des conversations similaires avec des députés en 1997 alors que l’idée du crédit d’impôt allongé venait de naître. Et, nous nous souvenons d’avoir reçu à peu près la même réponse : « Une initiative très louable, mais pas maintenant. »

Manque d’intérêt médiatique

L’intérêt des médias traditionnels pour le secteur n’a pas, non plus, vraiment changé depuis 1995 : il est à la fois limité et prévisible. S’il y a couverture, elle est dominée par des événements aléatoires comme le Défi du seau d’eau glacée, mais rien ne suscite l’intérêt des médias autant que des cas d’inconvenance occasionnels dans le secteur. Du reste, l’attention atteint son comble avant le temps des Fêtes, et, de temps à autre, un représentant des médias décide de faire des salaires payés aux dirigeants dans le secteur son sujet de prédilection. Cependant, de façon générale, aucun des médias principaux au Canada ne prête une attention aussi réfléchie et continue au secteur que le journal The Guardian au Royaume-Uni, par exemple.

Définition de l’œuvre caritative

Le besoin de moderniser la définition de l’œuvre caritative n’a jamais été aussi pressant, mais la possibilité d’un débat sérieux à ce sujet semble aussi hors de portée aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Des statuts anglais datant de 1601 continuent à limiter la pratique caritative au Canada en 2015, une situation qui a l’effet d’un carcan sur les organismes de bienfaisance et met un frein à l’innovation sociale. D’autres pays régis par la common law ont réussi à moderniser la définition et la pratique de l’œuvre caritative dans une certaine mesure, mais au Canada, le sujet a été enfoui dans une boîte de Pandore qu’il ne faut jamais rouvrir.

Espérons que les dirigeants actuels et futurs du secteur réussiront à inscrire ces trois derniers sujets sur la liste des changements accomplis.

 

About the Author

Patrick Johnston est le directeur de Borealis Advisors, une entreprise de consultation qui travaille avec des fondations subventionnaires. Depuis qu’il a accepté son premier poste comme directeur général de la Richmond (B.C.) Youth Service Agency en 1975, il a eu une carrière longue et très variée.

Nos auteurs invités s’expriment à titre personnel. Leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles d’Imagine Canada.

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