Le secteur caritatif : gardien de l'évolution du Canada

Lundi, 3 Février, 2014
Commentaires de l’économiste en chef

Dans Reading for My Life, une excellente collection d’essais, John Leonard, le regretté critique de la télévision et de la littérature, délaisse momentanément ses analyses perspicaces de romans et d’émissions télévisées pour s’adresser au président nouvellement élu de l’époque, Bill Clinton, au sujet du rôle des arts (et des organismes caritatifs et sans but lucratif) dans la société. Pour reprendre ses paroles :

Une nation investit dans les arts [et les organismes caritatifs et sans but lucratif] non parce qu’il est rentable de le faire (et qu’il représente un investissement dans le PNB), mais parce que les arts nous permettent d’imaginer l’avenir de notre république. »

Il s’agit d’un rappel très opportun que, à cette époque où nous sommes obsédés par la gestion axée sur les résultats et les chiffres, certaines des choses qu’offrent les organismes caritatifs et sans but lucratif aux Canadiens sont intangibles et incommensurables. Mais elles sont aussi d’une valeur inestimable. Pour reprendre l’expression de Leonard, lorsqu’on rêve à ce que pourrait être le Canada, le secteur doit établir un équilibre délicat – il doit imaginer ce que pourrait être l’avenir tout en jouant un rôle organique dans le façonnement d’un avenir qui sera déterminé par de nombreux facteurs externes.

Par exemple, de nombreux Canadiens ont une vision d’un pays qui est juste sur le plan social, responsable sur le plan environnemental et fructueux sur le plan économique. Et ce, dans un marché global de plus en plus intégré, où le succès se mesure en fonction de l’information, des connaissances et de l’innovation, autant qu’en fonction de dons de ressources naturelles. Ce genre d’économie aura sans doute un caractère bidimensionnel : c’est-à-dire qu’elle sera à la fois plus personnelle et moins personnelle; plus humaine et moins humaine.

Elle prend un caractère personnel ou humain en ce sens que le talent, l’esprit d’innovation et l’éducation des gens seront la clé à la réussite économique et, pour employer la terminologie dépersonnalisée de l’économie, à la « production ». Elle prend un caractère moins personnel et humain en ce sens que les lieux de travail dépendent plus de la technologie et moins de l’interaction face à face. Le travail sera de plus en plus décentralisé et les interactions avec les autres auront lieu par voie électronique.

Dans le monde actuel, les gens chercheront de plus en plus à satisfaire leurs besoins d’interaction personnelle et humaine en dehors du milieu de travail (ils se rassembleront dans des organismes caritatifs et sans but lucratif en raison de leur volonté de faire une différence et de l’enrichissement personnel qu’offrent les activités artistiques et sportives), parce qu’ils ont besoin de rapports personnels et humains.

Étant donné qu’ils sont intelligents et qu’ils emploient des modèles d’affaires et des métriques sophistiqués, ils voudront faire en sorte que leurs efforts fassent une différence réelle et mesurable dans le monde. Pour donner aux gens la possibilité de s’exprimer par la création, il sera essentiel que le secteur caritatif soit structuré de façon moderne et sophistiquée et qu’il soit composé de professionnels de l’économie axée sur le savoir.

Le secteur des OSBL sera confronté à d’énormes défis à l’avenir. D’une part, c’est dans ce monde que les organismes caritatifs devront vivre et prospérer; un monde de gens intelligents et avertis sur le plan technologique qui s’appuient sur une gestion axée sur les métriques. D’autre part, le secteur devra jouer un rôle qui permet simplement de réaliser les objectifs que les gouvernements et les entreprises ont du mal à réaliser ou ceux auxquels ces derniers ne s’intéressent pas (par exemple, la justice sociale, les orchestres symphoniques, etc.). Le secteur devra continuer d’être le gardien de retombées intangibles. Il devra continuellement envisager l’avenir du Canada sous un nouveau jour et fournir un espace dans lequel nos énergies humaines et créatives peuvent faire une différence.

Mais il ne faut pas s’attendre à ce qu’on fasse moins attention aux résultats définissables et mesurables.

Back to Blog Retour au blogue

Ajouter un commentaire

À propos de l’auteur

En tant qu’économiste en chef pour le secteur des OSBL, Brian Emmett est chargé de mesurer l’impact du secteur et d’attirer l’attention des décideurs politiques sur les questions auxquelles les organismes de bienfaisance et les organismes sans but lucratif sont confrontés. M. Emmett est titulaire d’un diplôme en économie de l’Université de Western Ontario et de l’Université d’Essex, en Angleterre, et sa carrière dans la fonction publique a été longue et brillante. Il a été le premier commissaire du Canada à l’environnement et au développement durable, à la fin des années quatre vingt dix, et a beaucoup travaillé sur le Plan vert du Canada. Il a également exercé les fonctions de vice-président de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), au début des années 2000, et de sous-ministre adjoint au sein de plusieurs ministères fédéraux.

Le bureau d’économiste en chef du secteur des OSBL doit son existence au financement versé par la Muttart Foundation, la Fondation Trillium de l’Ontario, la Vancouver Foundation, un donateur anonyme et par la Fondation PricewaterhouseCoopers Canada.

Nos partenaires nationaux

  • great west life
  • Lawson Foundation
  • Muttart Foundation
  • RBC Foundation
  • Suncor
  • TD Bank
  • investors group

En savoir plus sur nos partenaires nationaux et autres commanditaires.

Numéro d’enregistrement d’organisme de bienfaisance : 119218790 RR0001