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Les effets du Brexit

Mardi, 5 Juillet, 2016
Commentaires de l’économiste en chef
Nouvelles sur le secteur

Récemment, les reportages sur la décision des électeurs britanniques de tourner le dos à l’Union européenne (UE) ont dominé le paysage médiatique.

Avec raison.

Les conséquences de ce vote sont considérables et font l’objet de nombreuses spéculations, au point de mettre en péril la plus grande réalisation politique de l’Europe de l’après-guerre, soit l’intégration économique et politique qui a donné la paix et la prospérité à un continent qui, il y a 70 ans, était ravagé par les atrocités de la Deuxième Guerre mondiale alors qu’il se remettait toujours des conséquences de la Grande Guerre. Les marchés boursiers n’ont pas tardé à réagir, les plus importants partis politiques en Grande-Bretagne cherchent de nouveaux dirigeants ou réclament un changement de garde et l’existence même de la Grande-Bretagne pourrait, à nouveau, être menacée. Quelques jours après le référendum, l’organisme britannique National Council for Voluntary Organisations a publié une note expliquant les conséquences à court et à long terme du Brexit sur le secteur de la bienfaisance britannique.

Alors, quels seront les effets du référendum sur le secteur caritatif au Canada?

Les raisons économiques derrière le vote pour le Brexit

Aux yeux des économistes, les questions de libre échange, d’intégration économique et de mondialisation sont toutes soumises à la loi de l’efficacité, c’est-à-dire qu’elles doivent pertinemment contribuer à améliorer le rendement économique de chacun des pays, mesuré par son produit intérieur brut (PIB). Il n’y a aucun doute que l’intégration économique passe ce test puisque d’innombrables études démontrent qu’elle augmente la croissance du PIB des pays concernés. Toutefois, en mettant l’accent uniquement sur l’efficacité générale de telles mesures, on omet de tenir compte d’une réalité indéniable, soit que les gains économiques ne sont pas répartis de façon égale dans la société. L’intégration profite à certains, mais impose des coûts à d’autres.

Ainsi, dans le cas du Canada, des recherches menées par Don Drummond, Evan Capeluck et Matthew Calver du Centre d’étude des niveaux de vie démontrent clairement que la bonne croissance du PIB au cours des dernières décennies n’a pas donné lieu à une évolution parallèle des mesures de la répartition juste des avantages économiques. Pour appuyer leur thèse, les chercheurs citent des preuves empiriques selon lesquelles les politiques économiques conçues en fonction des principes de l’intégration économique et de la mondialisation désavantagent une proportion considérable de la population. Il en résulte un ressentiment dû à l’inégalité des revenus, qui est ressorti comme un des thèmes centraux à la suite du vote de la population britannique.

Le Brexit et l’immigration

L’immigration a été retenue comme étant à l’origine de plusieurs préoccupations économiques qui ont trouvé expression dans le vote pour le Brexit. Outre le désir de « retourner dans le passé », le discours en faveur du Brexit a été dominé par la conviction que l’arrivée massive d’immigrants venus d’autres pays de l’UE a causé la perte la richesse d’une partie de la population britannique.

Pourtant, la preuve est très claire : de façon générale, l’immigration est bénéfique pour l’économie. Elle renforce la croissance du PIB et contribue à la création d’emplois. L’argument voulant que les immigrants représentent une perte nette pour les revenus du gouvernement a également été contredit. Ces gens travaillent, et le montant de leurs impôts égalise tout au moins le coût des programmes conçus pour les aider à s’intégrer dans la collectivité.

Pour un pays comme le Canada qui, traditionnellement, accueillent bon nombre d’immigrants, le mécontentement qu’a laissé sous-entendre la décision pour le Brexit (tout comme la campagne présidentielle naissante aux États-Unis) est préoccupant.

Le Brexit et les organismes de bienfaisance

Les organismes de bienfaisance font partie intégrante de l’économie et subiront les conséquences du Brexit de différentes manières difficiles à prévoir. À court terme, ce sont le marché financier et le marché des devises qui semblent touchés le plus durement, mais la perte de la valeur de la livre sterling a aussi diminué la valeur du revenu réel des citoyens britanniques et, par conséquent, réduit leur capacité de donner à des organismes de bienfaisance. Dans le même sens, la baisse de la valeur des actions touchera avant tout des donateurs bien nantis. L’évolution du dollar canadien et les décisions prises sur les marchés financiers détermineront l’importance de ces questions chez nous.

À long terme, le ralentissement de la croissance économique diminuera la capacité des organismes de bienfaisance de financer leurs activités alors que les perturbations créées par le Brexit feront augmenter la demande pour leurs services. Il est possible que les organismes vivent des années difficiles pendant lesquelles ils aient du mal à assurer leur viabilité financière.

Conclusion

En résumé, l’intégration économique a permis d’améliorer le rendement économique global, mais les gouvernements ont failli à leur tâche de traduire cette croissance en une augmentation de la qualité de vie de nombreux citoyens victimes d’inégalités et d’exclusion. Par conséquent, les populations commencent à tenir les gouvernements responsables de l’absence d’une répartition juste des avantages liés à une bonne croissance économique. Plutôt que de réagir avec stupéfaction, les gouvernements doivent mettre en place des politiques créatives qui favorisent une croissance intelligente, soit une croissance inclusive et équitable (et, bien sûr, responsable d’un point de vue environnemental).

Quelques jours se sont écoulés depuis le référendum, mais les conséquences les plus importantes du vote pro-Brexit pour la Grande-Bretagne, le Canada et le reste du monde demeurent incertaines. Alors que nous surveillons les effets à long terme de cette décision, les dirigeants politiques partout au Canada doivent se soumettre à un examen de conscience honnête pour réfléchir aux problèmes qui sous-tendent le désir pour des changements importants.

 

À propos de l’auteur

En tant qu’économiste en chef pour le secteur des OSBL, Brian Emmett est chargé de mesurer l’impact du secteur et d’attirer l’attention des décideurs politiques sur les questions auxquelles les organismes de bienfaisance et les organismes sans but lucratif sont confrontés. M. Emmett est titulaire d’un diplôme en économie de l’Université de Western Ontario et de l’Université d’Essex, en Angleterre, et sa carrière dans la fonction publique a été longue et brillante. Il a été le premier commissaire du Canada à l’environnement et au développement durable, à la fin des années quatre-vingt-dix, et a beaucoup travaillé sur le Plan vert du Canada. Il a également exercé les fonctions de vice-président de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), au début des années 2000, et de sous-ministre adjoint au sein de plusieurs ministères fédéraux.

Le bureau d’économiste en chef du secteur des OSBL doit son existence au financement versé par la Muttart Foundation, la Fondation Trillium de l’Ontario — une agence du gouvernement de l’Ontario, la Vancouver Foundation, un donateur anonyme et par la Fondation PricewaterhouseCoopers Canada.

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