Meilleur ensemble : leçons d’un projet pilote sur les activités politiques

Mardi, 10 Janvier, 2017
Politiques publiques

« Pour moi, le plus grand plaisir de la collaboration vient du fait que tout le monde en ressort plus intelligent, c’est prouvé »
- Lin-Manuel Miranda [traduction libre]

La scène fédérale canadienne n’est pas exactement Broadway et l’énoncé de politique CPS-022 ne suit pas tout à fait le même rythme que les chansons de la comédie musicale Hamilton, mais les consultations initiées par l’Agence du revenu du Canada (ARC) sur les activités politiques nous amènent tout de même à donner raison à Lin-Manuel Miranda. 

En 2016, Imagine Canada a revu de fond en comble la manière d’accomplir son travail dans le domaine des politiques publiques, et lorsque l’ARC a été appelée à revoir la règlementation fédérale des activités politiques menées par les organismes de bienfaisance, nous y avons vu l’occasion toute désignée pour mettre à l’épreuve la nouvelle pratique. Puisque le sujet de consultation concernait tous les organismes au pays à divers degrés, la participation d’un grand nombre d’entre eux nous parut tout simplement sensée.

Nous avons donc ouvert grandement les portes de notre atelier de travail et avons invité les membres du secteur à y entrer et à se mettre au boulot. La collaboration permet de créer de meilleures politiques, mais la route pour y arriver s’avère parfois très sinueuse. Tout au long du voyage, nous avons rempli nos cahiers d’apprentissage dont nous aimerions en tirer quelques anecdotes afin que vous puissiez en profiter et intégrer les leçons apprises à vos projets.

1. Tirez parti des énergies existantes

La question de l’engagement des organismes de bienfaisance dans les activités politiques est débattue depuis belle lurette au Canada, et de récents événements ont créé les conditions favorables à la formation d’un groupe de travail consacré à ce sujet. Ainsi, pendant la campagne électorale fédérale de 2015, le gouvernement actuel a promis de réformer les règles régissant les activités politiques des organismes de bienfaisance. Ensuite, au début de 2016, la Fondation Max Bell et la Fondation Muttart ont réuni (en anglais) à Calgary plus de 100 dirigeants d’organismes des quatre coins du pays pour discuter des possibilités de collaboration entourant cette question. Plus tard, Imagine Canada a publié un rapport de recherche (PDF) sur l’étendue de l’engagement des organismes de bienfaisance dans les activités politiques.

Au service d’un objectif commun si cher à l’ensemble du secteur, nous avons profité du moment opportun et de l’énergie qu’il nous inspirait pour passer à l’action. Nous avons publié une invitation à tous dans notre Bulletin d’alerte (notre bulletin électronique axé sur la chose politique qui vaut la lecture), et 33 organismes ont manifesté leur intérêt et leur enthousiasme.

2. Embrassez le débat

Dès le début, il fallait relever un défi de taille : trouver une façon de diriger cet effort collectif qui permettrait de tenir compte de tous les points de vue autour de la table, mais aussi de mener à bien ce processus dans les temps prescrits et de manière efficace. D’autant plus qu’il s’agissait d’un sujet très en vue qui suscitait les passions.

Au début du processus, nous nous attendions à ce que les membres du groupe se concentrent sur la révision des lignes directrices existantes et que les grandes questions ne seront discutées qu’une fois que le gouvernement aura décidé de se pencher sur la réforme du cadre légal et règlementaire. Mais les membres ne l’entendaient pas ainsi!

La nature discordante des deux approches a donné lieu à un débat engagé sur la stratégie à adopter, les objectifs réalisables et les motivations et droits des membres du secteur. En effet, le groupe de travail présentait une plateforme idéale pour ce débat, et nous avons été les témoins privilégiés d’échanges passionnés et réfléchis.

Mais il fallait parvenir à trouver un terrain d’entente avec des arguments rassembleurs, et ils étaient nombreux. Dans nos discussions, nous avons spéculé sur les raisons de ce consensus, et nous l’avons surtout attribué à l’importance générale du sujet et au temps dont disposaient les organismes à réfléchir à ce dossier. Tous ont grandement appuyé la proposition de demander des changements à la Loi sur l’impôt du revenu qui auraient comme effet de mettre l’accent sur les objectifs de bienfaisance plutôt que sur les activités politiques, et qui entraîneraient des changements dans d’autres domaines de la règlementation actuelle.

3. Passez à l’action

Alors que les discussions entre les membres du groupe étaient bien entamées, l’ARC a mis en branle ses consultations sur la réforme des règles applicables aux activités politiques. Par conséquent, le groupe a formulé ses recommandations en fonction des questions de consultation et a lancé une campagne de mobilisation pour inciter d’autres à participer à ce processus.

Jusqu’à ce moment, le groupe de travail avait limité ses actions au cercle qui était le sien pour remplir son mandat. Nous n’avions donc pas d’attentes précises quant aux résultats de notre initiative. L’appel à l’action a été publié sur divers canaux afin de demander aux organismes de participer aux consultations, soit en présentant nos recommandations, soit en développant leurs propres propositions. Encore une fois, nous avons eu le privilège d’observer comment et jusqu’à quel point les organismes canadiens se sont intéressés au travail du groupe et, de façon plus large, aux consultations. Au cours des prochains mois et années, il sera crucial de maintenir cet élan alors que le gouvernement tentera de réaliser son ambitieux programme et que nous tâcherons d’améliorer l’environnement opérationnel de notre secteur.

4. Un apprentissage en continu

L’orchestration efficace des activités du réseau de collaborateurs s’est faite sous le signe de l’apprentissage en continu. Afin de bien mener ce travail, il faut faire preuve d’ouverture à remettre en question nos idées reçues, nos façons de travailler et nos attentes. Voici quelques-unes des leçons très pratiques que nous avons tirées de cette expérience.

  • Gardez-vous de la marge de manœuvre. Faciliter le travail d’un réseau de collaborateurs comprend la communication avec les membres individuels du réseau, l’organisation d’appels de conférence, la rédaction d’ébauches de documents, la collecte de commentaires et la résolution de désaccords. Tout cela prend du temps! De plus, la présence de plusieurs chefs dans la cuisine peut rendre le processus imprévisible. Vous aurez besoin de temps pour mettre au point des idées, résoudre des conflits et tester de nouvelles orientations au fur et à mesure qu’ils se présenteront. L’imprévisible deviendra votre quotidien.
  • Multipliez les canaux de communication. Tout le monde n’est pas à l’aise de parler pendant une réunion ou une téléconférence. Prenez le temps de communiquer avec les membres individuellement, que ce soit par téléphone, par courriel ou dans les médias sociaux, pour connaître leurs idées et commentaires. Du temps et de l’effort bien investis!
  • Soyez flexible. Chaque dossier vient avec des contraintes particulières et nécessite une approche unique. Par exemple, on n’aborde pas de la même manière une tâche qui consiste à présenter un avis sur un cadre règlementaire précis et bien établi et le défi d’élaborer des idées sur un sujet d’ordre général. Il en va de même pour un mandat assorti d’une échéance et un mandat sans contraintes temporelles qui permet d’explorer un sujet en profondeur. Certes, nous aurions souhaité disposer de plus de temps pour étudier toutes les nuances d’une réforme possible des règles régissant les activités politiques, mais nous avons été en mesure d’accélérer notre processus de réflexion et d’élaborer un ensemble de propositions dont nous sommes tous fiers.

Cette expérience fut la première sur une, espérons-le, longue route de collaboration (la prochaine étape, notre groupe de travail sur l’emploi des jeunes dans le secteur caritatif, est déjà bien entamée). Si vous travaillez sur un sujet qui pourrait bénéficier d’un effort collectif, faites-nous-en part. Notre équipe ne sera peut-être pas en mesure de prendre l’initiative; or, nous pourrons vous aider à réunir des collègues animés du même intérêt et à faire avancer votre cause.

Parce qu’après tout, nous faisons un bien meilleur travail lorsque nous réfléchissons ensemble.

 

À propos de l’auteur

Bill Schaper

Bill Schaper est directeur des politiques publiques au bureau d’Ottawa d’Imagine Canada. Auparavant, il a été attaché politique sur la colline du Parlement, conseiller principal en politique auprès d’un ministre du cabinet fédéral, analyste de politiques et professionnel des relations avec les gouvernements auprès des universités, consultant indépendant en matière de politiques, et spécialiste des communications auprès du vérificateur général du Royaume-Uni.

Back to Blog Retour au blogue

Ajouter un commentaire

Nos partenaires nationaux

  • great west life
  • Lawson Foundation
  • Muttart Foundation
  • RBC Foundation
  • Suncor
  • TD Bank
  • investors group

En savoir plus sur nos partenaires nationaux et autres commanditaires.

Numéro d’enregistrement d’organisme de bienfaisance : 119218790 RR0001