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Imagine Canada

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Soyons le changement que nous voulons voir dans le monde en 4 étapes

Mardi, 7 Mars, 2017
Auteur invité
Transparence et imputabilité
Finances et administration
Carissa MacLennan

Le secteur caritatif est unique en son genre.

Nous sommes là pour protéger les valeurs de notre société que sont l’égalité, l’inclusion, l’éthique, la responsabilité, la transparence, la compassion, les droits de la personne, la justice et la durabilité. L’appel au respect de ces valeurs par nos gouvernements, institutions publiques et entreprises est au cœur même de notre travail et au cœur des changements systémiques que nous souhaitons réaliser.

Il s’agit d’un défi de taille, c’est le moindre que l’on puisse dire, surtout lorsqu’on tient compte de la pression entourant les questions de financement, de prudence budgétaire et de responsabilité. Il faut se rendre à l’évidence : après avoir investi des ressources et énergies pour jongler avec toutes ces priorités, nous sommes souvent trop épuisés pour regarder notre nombril, c’est-à-dire pour nous assurer d’avoir pleinement intégré les valeurs que nous réclamons aux autres.

Je travaille dans le secteur et ce paradoxe me préoccupe depuis quelque temps déjà, mais c’est un retour au bercail pendant le temps des fêtes qui m’a donné l’occasion d’y réfléchir plus en profondeur. Alors que je rendais visite à mon père, je suis tombée sur une pile de papier d’emballage. Je lui ai demandé d’où il venait, ce à quoi il répondait qu’il s’agissait d’un cadeau de remerciement provenant d’un des organismes auxquels il donnait. Dans un premier temps, je n’y pensais guère. Après tout, la plupart des organismes de bienfaisance organisme organisent des campagnes pendant cette période de l’année pour remercier leurs donateurs.

Or, c’est le fait de voir ce papier rester inutilisé pour, finalement, aboutir dans le bac de recyclage qui m’a amenée à réfléchir aux conséquences plus larges d’un tel geste, c’est-à-dire la distribution gratuite d’un produit de papier, posé par un organisme œuvrant auprès des enfants.

Les changements climatiques constituent l’une des principales menaces qui guettent la vie des enfants dans l’hémisphère Sud de notre planète. Dans de nombreux pays à faible revenu, la montée du niveau de la mer, des phénomènes météorologiques extrêmes, la désertification, des maladies et l’insécurité alimentaire ont des effets néfastes sur leur vie. L’un des meilleurs moyens à notre disposition pour contrer les changements climatiques reste le reboisement des terres. Alors, d’un point de vue global, la distribution gratuite de produits de papier n’est-elle pas contraire aux valeurs véhiculées par les organismes humanitaires dont le gros du travail se déroule dans les pays du Sud?

J’ai donc pensé aux années passées à travailler dans le secteur sans but lucratif et à d’autres décisions qui ne correspondaient tout simplement pas aux valeurs embrassées par des organisations ou qui ne tenait pas compte du système dans son ensemble, comme le fait de donner des objets complètement inutiles pendant des activités de collecte de fonds, l’utilisation sans autorisation d’images et d’histoires d’enfants dans les pays en voie de développement dans des documents de marketing et l’offre de stages dont seules les personnes privilégiées peuvent se prévaloir.

Je me suis donc demandé si nous ne devrions pas avoir les mêmes attentes envers nous-mêmes qu’envers les entreprises et gouvernements que nous pressons d’ajuster leurs pratiques dans le but de favoriser des changements systémiques. Comment pouvons-nous créer une culture organisationnelle qui nous permettra de mettre en œuvre activement les valeurs que nous prônons?

Voici les quatre gestes concrets que je propose pour cultiver un esprit organisationnel à l’image des changements que nous souhaitons voir dans le monde.

  • 1.    Faire siennes la vision, la mission et les valeurs de notre organisation.

    La plupart des organismes possèdent une vision, une mission et des valeurs clairement articulées qu’ils intègrent dans leurs programmes et communications avec le public. Cependant, peu s’en servent pour guider le fonctionnement des différentes équipes. Ainsi, si le bien-être des enfants est au cœur de la vision de votre organisme, favorise-t-on un équilibre travaille-vie privée qui permet aux employés d’élever des enfants heureux et en santé? Si l’inclusion fait partie de vos valeurs organisationnelles, avez-vous un conseil d’administration qui affiche une certaine diversité et favorise la participation réelle de différentes communautés, dont celles que vous servez?

    Passez à l’action : Demandez à chaque équipe de réfléchir à la façon dont la vision, la mission et les valeurs de votre organisation guident leur travail et d’élaborer des gestes concrets. Par exemple, si l’égalité figure sur votre liste de valeurs, comment les gestionnaires responsables des bénévoles peuvent-ils s’assurer d’offrir des stages aux personnes provenant de divers milieux socioéconomiques? Chaque geste devrait être accompagné d’indicateurs de rendement clés et d’objectifs à surveiller régulièrement.

  • 2.    Recruter en fonction de vos valeurs organisationnelles.

    La professionnalisation du secteur sans but lucratif rend de plus en plus importante l’embauche de personnes qui détiennent des compétences et une expertise particulières. Or, les organismes qui appuient leurs activités sur un ensemble de valeurs précises doivent aussi tenir compte de ces valeurs au moment d’inviter un nouveau membre dans leur équipe, qu’il s’agisse d’un administrateur ou d’un bénévole. Après avoir aligné le travail de chacune des équipes avec les valeurs de l’organisation, il sera plus facile de recruter les personnes dont l’expérience professionnelle fait foi de leur attachement aux mêmes idées.

    Passez à l’action : Pendant l’entrevue, posez des questions qui vous permettront de saisir si les valeurs des candidats correspondent à celles véhiculées par votre organisation et le poste à pourvoir. Demandez aux candidats de donner des exemples d’une situation dans un de leurs emplois antérieurs où ils ont mis en application une de vos valeurs organisationnelles. Servez-vous d’une mise en situation pour amener les candidats à prendre une décision et demandez-leur d’expliquer leur raisonnement.

  • 3.    Réfléchir en fonction du système.

    Nous avons généralement l’habitude d’appliquer cette méthode de planification pour la conception de programmes. Cependant, elle se prête tout aussi bien à la conception de processus internes et d’activités spéciales. Puisque les questions sociales ou environnementales sont au cœur de notre travail, il est important que nos processus de prise de décisions tiennent compte des liens entre la société, l’environnement et l’économie. Comme l’exemple de l’organisme œuvrant auprès des enfants et des changements climatiques l’a démontré, nous ne pouvons faire des progrès sur l’un des éléments sans prendre en considération les autres.

    Passez à l’action : La prochaine fois que votre organisation planifiera un événement, une campagne, un nouveau processus ou une nouvelle politique, prenez le temps d’en évaluer les effets sur le système dans son ensemble. Ainsi, si les membres de votre organisation se déplacent souvent, comment pourriez-vous tenir compte des aspects humains, environnementaux et économiques pendant votre planification? Pourriez-vous adopter certaines activités qui contribueront à réduire votre empreinte écologique, p. ex. avoir plus souvent recours aux outils de télécommunication ou encourager le personnel à louer les voitures les plus économiques sur le plan de la consommation d’essence? Pourriez-vous choisir des traiteurs qui utilisent des produits alimentaires locaux ou louer des chambres dans un hôtel de propriété locale?

  • 4.    Favoriser la collaboration interdisciplinaire.

    Dans chaque organisation où j’ai travaillé jusqu’à maintenant, de temps en temps, des tensions ont fait surface entre les équipes responsables des programmes et du financement. Parfois, le personnel des programmes juge que les campagnes de financement sont contraires à la mission de l’organisation, et le personnel responsable du financement considère que leurs collègues sont trop timides quand vient le temps d’élaborer des campagnes créatives. Cette dichotomie n’est pas nécessairement mauvaise, mais elle peut mettre en lumière un manque de précision quant aux valeurs de l’organisation et la façon dont elles s’appliquent à chacune des équipes. Si rien n’est fait pour résoudre ces points de discorde, ils peuvent se traduire par un dysfonctionnement interne et des employés désillusionnés. Des occasions de formation et de collaboration interdisciplinaire offriront aux employés la possibilité d’apprendre comment les valeurs de l’organisation sont vécues et mises en pratiques par les différentes équipes, ce qui permettra de développer une organisation bien alignée.

    Passez à l’action : Pendant la phase de planification, créez des équipes multidisciplinaires. Le personnel responsable des programmes devrait contribuer à la planification des activités de financement pour éviter que les campagnes entrent en conflit avec les objectifs de l’organisation en matière de programmes. De son côté, le personnel responsable du financement devrait assister aux rencontres de l’équipe des programmes pour l’aider à développer des programmes qui s’adaptent bien et sont « faciles à vendre ».

En suivant chacune de ces étapes, vous pourrez créer une organisation dont tous les éléments sont merveilleusement alignés et qui se démarque par des employés motivés, un processus de prise de décision efficace, une latitude bien définie pour prendre des risques et innover, des équipes innovatrices et une confiance inébranlable.

Plus important encore, comme le secteur qui met en lumière les actions de nos gouvernements et entreprises pour leur demander d’adopter des pratiques qui favoriseront des changements systémiques, nous ne pourrons accroître notre influence que si nous passons de la parole aux actes. 

Dans les mots de Mahatma Gandhi, « soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ». 

 

À propos de l’auteure

Carissa MacClennan

Carissa développe des stratégies intégrées pour réaliser le bien collectif et aide les organismes sans but lucratif, philanthropes et entreprises à faire fructifier leurs efforts pour un changement sur le plan social et environnemental. Elle a été consultante, directrice, conceptrice de programmes, gestionnaire de projet, facilitatrice et travailleuse sur le terrain pour plusieurs organisations de renommée internationale comme la Munk School of Global Affairs, UNICEF Canada, Journalists for Human Rights et le Jane Goodall Institute.

Nos auteurs invités s’expriment à titre personnel. Leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles d’Imagine Canada.

 

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