Une approche équilibrée entre les preuves et la compassion pour faire la différence

Lundi, 13 Janvier, 2014
Commentaires de l’économiste en chef

L’économie consiste à savoir comment affecter des ressources limitées pour répondre à des demandes concurrentes. Utilisée à bon escient, elle peut faire la lumière sur de grandes questions de politique publique et de stratégie. Toutefois, elle ne peut pas répondre définitivement à des questions épineuses auxquelles sont confrontés les gouvernements (par exemple, en ce qui concerne le choix entre l’intervention militaire et l’aide humanitaire). Prenons l’exemple suivant :

Dans son billet publié récemment dans le magazine Slate, le commentateur Matthew Yglesias a fait un argument de conversion des épées en charrues relativement à l’intervention militaire.

… l’initative de l’OTAN a réussi en Libye. Elle a permis de sauver des dizaines de milliers de gens d’une mort presque certaine. …sans une seule perte alliée et pour un coût (1,1 milliards de dollars pour les États-Unis et plusieurs milliards de dollars au total) qui ne représente qu’une fraction de la somme consacrée aux interventions précédentes dans les Balkans, en Afghanistan et en Irak. »

D’autre part, si notre objectif consiste à sauver des vies, les bombardements ne constituent pas une bonne solution. Prenons le contre-exemple concernant les efforts visant à réduire l’incidence du paludisme :

Chaque 1 865 dollars consacré aux moustiquaires de lit imprégnées d’insecticide permet de sauver environ une vie. C’est-à-dire que, si les États-Unis étaient en mesure de dépenser 1,1 milliards de dollars pour des moustiquaires traitées aux insecticides à longue durée d’action, on aurait pu sauver la vie de presque 590 000 personnes. Les autres alliés des États-Unis en Libye ont dépensé environ 3 milliards de dollars au total. Il y a là matière à réflexion. »

C’est un argument puissant, mais dans un article publié dans le Globe and Mail, traitant d’un sujet différent, Margaret Wente remet en cause l’efficacité des programmes de financement de moustiquaires :

…Les moustiquaires de lit traitées aux insecticides sont un excellent moyen pour s’attaquer au fléau du paludisme — du moins en théorie. En réalité, il existe de gros problèmes de logistique, dont la distribution, le pillage et les questions de coûts. Même si on règle ces problèmes, rien ne garantit que les gens les utiliseront aux fins prévues. Des fois, les gens s’en servent pour protéger leurs chèvres ou pour pêcher. Les campagnes de marketing social qui visent à promouvoir l’utilisation des moustiquaires depuis des années ont à peine fait une différence. »

Un argument important concernant les priorités et l’affectation des ressources se résume à une question simple avec une réponse compliquée : Les moustiquaires traitées aux insecticides, fonctionnent-elles vraiment?

D’une part, des preuves recueillies par le groupe Cochrane, fondées sur les résultats « des essais cliniques aléatoires individuels et comparatifs des moustiquaires traitées aux insecticides », sont claires : « Les moustiquaires traitées aux insecticides sont très efficaces pour réduire la mortalité infantile et la morbidité causée par le paludisme. »

Même si ces données démontrent l’efficacité d’un tel programme, en réalité, ces initiatives sont forcément moins ordonnées et contrôlées, surtout dans les pays en développement. Dans le cadre d’une enquête exhaustive, mais pas particulièrement rigoureuse (qui comporte « une révision approfondie de la recherche… l’identification de préoccupations éventuelles… des visites sur place de plusieurs jours visant à examiner des programmes caritatifs sur le terrain… et une analyse coût-efficacité »), Give Well estime que : « D’après les coûts totaux, il en coûte un peu moins de 2 500 dollars pour sauver la vie d’un enfant, soit 5,54 dollars par MIIàER (moustiquaire imprégnée d’un insecticide à effet rémanent). »

Aucun de ces chiffres ne peut être considéré comme définitif - ni pour les bombardements ni pour le paludisme - car les données sont tout simplement trop rares et peu fiables. Give Well soulève un point crucial : dans un monde où la méthodologie et les données ne seront jamais parfaites, combien de preuves faut-il pour pour qu’elles soient « suffisantes »?

Les organismes de bienfaisance peuvent tirer des leçons importantes des illustrations de M. Yglesias et Mme Wente :

  • Alors qu’une bonne partie des activités caritatives sont motivées par la compassion ou par d’autres objectifs importants (quoi que difficiles à mesurer), les questions quant à l’efficacité des programmes deviennent de plus en plus importantes dans un monde de plus en plus axé sur les données.
  • Si les organismes caritatifs veulent réussir à occuper une place plus importante dans les priorités des gouvernements et des donateurs, ils devront démontrer leur efficacité pour obtenir des résultats. C’est-à-dire, démontrer qu’ils changent effectivement le cours des choses.
  • Dans le monde réel, où les données sont peu fiables ou inexistantes et les résultats sont souvent intangibles, l’accumulation de ce genre de données représente un défi de taille. Cependant, une analyse anecdotique minutieuse et complète peut contribuer grandement à faire la lumière sur les choix qui se présentent aux donateurs et aux gouvernements.

Au bout du compte, dans notre monde imparfait, les moustiquaires ne semblent pas si mauvaises.

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À propos de l’auteur

En tant qu’économiste en chef pour le secteur des OSBL, Brian Emmett est chargé de mesurer l’impact du secteur et d’attirer l’attention des décideurs politiques sur les questions auxquelles les organismes de bienfaisance et les organismes sans but lucratif sont confrontés. M. Emmett est titulaire d’un diplôme en économie de l’Université de Western Ontario et de l’Université d’Essex, en Angleterre, et sa carrière dans la fonction publique a été longue et brillante. Il a été le premier commissaire du Canada à l’environnement et au développement durable, à la fin des années quatre vingt dix, et a beaucoup travaillé sur le Plan vert du Canada. Il a également exercé les fonctions de vice-président de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), au début des années 2000, et de sous-ministre adjoint au sein de plusieurs ministères fédéraux.

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