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Priorités et défis pour les organismes à but non lucratif au premier trimestre de 2022

Priorités et défis pour les organismes à but non lucratif au premier trimestre de 2022

masked volunteers

À l’aube d’une troisième année de pandémie de COVID-19, les défis auxquels font face les organismes de bienfaisance et les OBNL ne cessent d’évoluer. Le variant Omicron a donné lieu en janvier à un renforcement des mesures de santé publique, y compris la fermeture d’écoles. En février, le mécontentement à l’égard de ces mesures s’est exprimé sous forme de manifestations qui ont perturbé des frontières internationales et des villes partout au pays. Tout au long de ces perturbations, les OBNL ont continué d’innover et de trouver de nouvelles façons de poursuivre leurs missions et de servir leurs collectivités.

Dans le cadre de cette nouvelle série de blogues trimestriels, nous fournirons une analyse opportune des nouvelles tendances qui touchent le secteur. Nous espérons que ces articles aideront les professionnel.le.s des OBNL à comprendre ce qui se passe actuellement et à se préparer pour la suite des choses, et qu’ils aideront aussi les autres membres de notre écosystème, y compris le gouvernement et le secteur des entreprises, à comprendre comment ils peuvent soutenir les organismes en 2022. Nous vous invitons à poursuivre votre lecture pour découvrir certaines des plus grandes tendances que nous observons au premier trimestre de l’année.

Difficulté à recruter du personnel et à le garder

« Notre principale préoccupation pour 2022 est le maintien en poste du personnel. Nous sommes une petite équipe. Le départ d’une seule personne pourrait faire régresser les buts et objectifs de l’organisme de 12 à 18 mois », mentionne Doug Watson, président-directeur général de VolunteerConnector. Il n’est pas le seul à s’inquiéter à ce sujet. Selon les résultats de la plus récente Enquête canadienne sur la situation des entreprises (ECSE), 33 % des employeurs du secteur sans but lucratif croient qu’il sera difficile de maintenir en poste un personnel qualifié au cours des trois prochains mois, et une proportion encore plus grande (38 %) est inquiète en ce qui concerne le recrutement de personnel qualifié1. Cette tendance se manifeste dans l’ensemble de l’économie, mais il est intéressant de noter que les employeurs du secteur sans but lucratif sont plus susceptibles que les employeurs du secteur privé d’exprimer des inquiétudes au sujet du recrutement et du maintien en poste du personnel.

De nombreux reportages dans les médias ont rapporté que des entreprises privées offrent des primes d’embauche et de maintien en poste ainsi que des salaires plus élevés pour attirer du personnel et le garder. L’ECSE révèle toutefois que les OBNL sont encore plus susceptibles que les entreprises privées de prévoir des augmentations de salaire. Fin 2021, 58 % des OBNL ont déclaré qu’ils prévoyaient d’augmenter les salaires du personnel existant et 31 % ont déclaré qu’ils prévoyaient d’augmenter les salaires des nouveaux employés, comparativement à 48 % et 25 % des entreprises privées2. Il convient toutefois de noter que les salaires moyens dans les organismes communautaires sans but lucratif sont nettement inférieurs à la moyenne de l’ensemble de l’économie (38 716 $ par rapport à 52 638 $ en 20193). Ainsi, les OBNL sont souvent désavantagés lorsqu’ils tentent de recruter du personnel et de le maintenir en poste. En outre, en raison des minces budgets de fonctionnement et de la rigidité des accords de financement, de nombreux organismes sont très limités dans leur capacité à augmenter les salaires.

Pendant la majeure partie de la pandémie, la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC) s’est révélée un outil essentiel qui a permis à de nombreux organismes de maintenir en poste des membres de leur personnel. À l’automne 2021, suivant une baisse des cas de COVID-19 et une certaine « réouverture », le gouvernement fédéral a apporté des changements substantiels aux principales mesures d’urgence, y compris la SSUC, ce qui fera probablement en sorte que moins d’organismes de bienfaisance et d’OBNL y seront admissibles. Nous craignons que ces changements aux mesures d’urgence n’entraînent la perte de personnel qualifié au profit d’autres secteurs.

Dans le secteur sans but lucratif, une autre tendance vient exacerber les pénuries de main-d’œuvre : la diminution du nombre de bénévoles. Les bénévoles sont un maillon essentiel de notre secteur. Selon la plus récente Enquête sociale générale sur le don, le bénévolat et la participation, menée en 2018, près de 13 millions de Canadiens et Canadiennes font du bénévolat chaque année4. Plus de la moitié (58 %) des organismes de bienfaisance sont dirigés uniquement par des bénévoles5. Un sondage d’opinion publique réalisé à la fin de 2021 a révélé que 17 % des gens prévoyaient de faire du bénévolat pendant la période des fêtes de fin d’année. Il s’agit d’une hausse par rapport à 2020, où seulement 9 % des gens avaient répondu qu’ils avaient l’intention de faire du bénévolat, mais ce pourcentage est bien en deçà du taux de bénévolat qui s’établissait autour de 33 % avant la pandémie6. Les faibles taux de bénévolat combinés à la pénurie de main-d’œuvre actuelle auront une grande incidence sur la capacité de nombreux organismes à servir leurs collectivités.

L’Ontario Nonprofit Network (ONN) étudie cette tendance dans le contexte ontarien. Pour en savoir plus sur ce qu’il constate, veuillez consulter la page Web de l’ONN consacrée à la crise des ressources humaines dans le secteur sans but lucratif (en anglais).

Hausse des prix 

Statistique Canada a récemment rapporté que l’inflation avait dépassé 5 % en janvier, du jamais vu depuis plus de 30 ans7. La hausse des prix aura des répercussions sur tous les organismes à but non lucratif. Sue Tomney, directrice générale de YWCA Calgary, affirme que « l’augmentation du coût des biens et des services, incluant les biens de première nécessité comme l’électricité qui alimente nos édifices, risque de compromettre notre capacité à maintenir un niveau de service constant. Cette situation est particulièrement problématique dans le cas des programmes qui sont déjà sous-financés ou partiellement financés et dont le financement, dans bien des cas, n’a pas augmenté depuis de nombreuses années ». Les organismes qui ont subi des pertes de revenus pendant la pandémie seront particulièrement touchés par la hausse des prix.

Les données de l’ECSE révèlent que les dirigeantes et dirigeants du secteur étaient déjà préoccupés par l’inflation vers la fin de 2021. Lors de l’enquête du quatrième trimestre, 32 % des OBNL se sont dits inquiets au sujet du coût des assurances, 26 % étaient préoccupés par l’augmentation du coût des intrants et 20 % ont déclaré être préoccupés par le coût de l’équipement de protection personnel, du nettoyage supplémentaire et de la mise en œuvre des mesures de distanciation physique8. Le taux de préoccupation par rapport à l’inflation chez les OBNL était similaire à celui du secteur privé. Toutefois, lorsque les prix augmentent, les entreprises parviennent généralement à tenir le coup en refilant les augmentations aux clients et aux consommateurs. C’est plus difficile pour les organismes de bienfaisance et les OBNL.

Hausse de la demande

De nombreux organismes de bienfaisance et OBNL font face à une hausse de la demande des services qu’ils offrent depuis le début de la pandémie9 et on ne s’attend pas à ce que les choses changent en 2022. En fait, bon nombre de dirigeantes et dirigeants du secteur s’attendent à ce que la hausse soit encore plus forte en raison des effets combinés de la pandémie qui perdure et de la hausse de l’inflation. Les données du quatrième trimestre de l’ECSE révèlent une hausse substantielle du pourcentage d’OBNL qui s’attendent à ce que la demande augmente au cours des trois prochains mois, soit 38 % par rapport à 26 % au troisième trimestre10

Nous avons pris connaissance de reportages dans les médias de partout au pays qui témoignent de la situation sur le terrain. Au Québec, par exemple, à Rouyn-Noranda, la Ressourcerie Bernard-Hamel fournit maintenant 450 ménages avec de l’aide alimentaire, comparé à 390 à pareille date l’an passé. De son côté, la Mission Old Brewery et les autres organismes d’aide aux sans-abris étaient sous pression en janvier: pendant les 10 premiers jours du mois, au moins 500 personnes en situation d'itinérance avaient attrapé la COVID-19, une situation jamais vue depuis le début de la pandémie. Il y avait seulement 150 places disponibles dans les hôtels de quarantaine pour les itinérants à ce moment-là. Jumelée à la pénurie de main-d’œuvre et à l’augmentation des coûts, la hausse de la demande exerce une forte pression sur les capacités de nombreux organismes.

Il est probable que l’augmentation du coût de la vie aura une incidence sur la demande dans le cas de certains organismes, en particulier ceux qui servent les personnes à faible revenu. En outre, la plupart des données dont nous disposons sur la hausse de la demande reflètent la période qui a précédé les changements substantiels que le gouvernement fédéral a apportés à la Prestation canadienne de la relance économique, son principal programme de soutien du revenu pour les personnes dont l’emploi a été directement touché par la pandémie. Le fait que de nombreuses personnes perdent ce soutien fera probablement augmenter la demande pour certains programmes et services.

Dernières observations

La dernière vague de la pandémie causée par le variant Omicron, relativement moins virulent, mais beaucoup plus contagieux, a radicalement changé la dynamique de la pandémie. L’administratrice en chef de la santé publique du Canada a récemment déclaré que le pays devait trouver une approche plus « durable » pour gérer la COVID-19 à l’avenir, et des provinces et territoires lèvent progressivement les restrictions, ce qui pourrait marquer le début d’une nouvelle ère en ce qui concerne la gestion de la pandémie. Le taux de vaccination élevé du Canada et les connaissances scientifiques en constante évolution sur la façon de combattre la COVID-19 permettent d’espérer un avenir plus stable et plus radieux, mais l’année 2022 demeurera vraisemblablement empreinte d’incertitude et de défis de toutes sortes pour le secteur à but non lucratif. 

 

1 Statistique Canada. Tableau 33-10-0400-01, Obstacles à surmonter par les entreprises ou organismes au cours des trois prochains mois, quatrième trimestre de 2021.

2 Statistique Canada. Tableau 33-10-0416-01, Plans des entreprises ou des organismes en matière de recrutement, de maintien en poste et de formation, quatrième trimestre de 2021.

3 Statistique Canada. Tableau 36-10-0650-01, Les emplois dans le secteur des organismes sans but lucratif par type de travailleur et Tableau 14-10-0340-01, Salaire des employés selon la profession, données annuelles.

4 Statistique Canada. Le bénévolat au Canada : défis et opportunités pendant la pandémie de COVID-19.

5 CanadaHelps. 8 facts you might not know about charities.

6 Imagine Canada. Plus optimistes, les Canadiens et Canadiennes apprécient davantage l’importance de la générosité en ce temps des fêtes, selon deux sondages.

7 Statistique Canada, Indice des prix à la consommation, janvier 2022.

8 Statistique Canada, Tableau 33-10-0400-01, Obstacles à surmonter par les entreprises ou organismes au cours des trois prochains mois, quatrième trimestre de 2021.

9 Imagine Canada. Enquête sectorielle : Les répercussions inégales de la pandémie sur les organismes caritatifs canadiens.

10 Statistique Canada, Tableau 33-10-0399-01, Attentes des entreprises ou des organismes pour les trois prochains mois, quatrième trimestre de 2021 et Tableau 33-10-0363-01, Attentes des entreprises ou des organismes pour les trois prochains mois, troisième trimestre de 2021.

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