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Déclaration d’Imagine Canada au sujet de la controverse liée à la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant et le Mouvement UNIS

Déclaration d’Imagine Canada au sujet de la controverse liée à la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant et le Mouvement UNIS

Nouvelle

La récente controverse entourant la conclusion d’un accord avec Mouvement Unis (WE Charity en anglais) pour administrer la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant (BCBE) a suscité de nombreuses questions légitimes au sujet de la structure de ce programme et de la conduite et des activités de Mouvement UNIS.

Le processus décisionnel relatif à cet accord fait maintenant l’objet d’une enquête de la part d’au moins deux comités parlementaires, ainsi que du commissaire à l’éthique. De plus, Mouvement UNIS vient d’annoncer qu’il procédera à un examen approfondi de ses activités.

Il a été difficile pour plusieurs d’assister au déroulement de cette controverse. Les gens sont choqués et mécontents avec raison. À Imagine Canada, ce qui nous inquiète le plus, c’est qu’une affaire qui met en cause un seul organisme de bienfaisance, sa conduite, sa structure organisationnelle et ses relations avec la sphère politique menace d’éclipser le travail acharné qui est accompli dans les communautés dans des conditions de plus en plus difficiles. 

Depuis les premières semaines de la pandémie, nous communiquons avec des organismes de toutes les tailles et de tous les sous-secteurs pour comprendre ce qu’ils vivent. Ce que nous avons constaté, c’est que les employés et les bénévoles font tout leur possible pour accomplir leurs missions en dépit d’une demande souvent en forte hausse et de ressources souvent en baisse. Nous avons été profondément touchés par des manifestations de ténacité, en dépit de souffrances évidentes, ainsi que de sacrifices et de persévérance face au stress psychologique et parfois physique. Si vous voulez en savoir plus, veuillez lire la série de notre blogue intitulée Témoignages du secteur.

Ni Mouvement UNIS ni la BCBE ne sont représentatifs

Bien que le secteur de la bienfaisance et sans but lucratif emploie au total 2,4 millions de personnes, la majorité des organismes sont petits, communautaires et entièrement dirigés par des bénévoles.

Le montant des fonds que le gouvernement fédéral aurait alloués à Mouvement UNIS était exceptionnellement colossal. Tous les ordres de gouvernement concluent fréquemment des contrats avec les organismes de bienfaisance et sans but lucratif, de même qu’avec le secteur privé, pour assurer la prestation de précieux programmes et de services aux communautés. La valeur de la majorité de ces contrats est néanmoins très modeste, parfois de l’ordre de quelques milliers de dollars seulement. Dans le cadre du système actuel, les contrats sont difficiles à obtenir, souvent à court terme (habituellement une année) et leurs exigences en matière de rapports sont souvent exhaustives. Nous entendons souvent parler de contrats qui ne couvrent même pas en totalité les coûts d’exploitation ou d’évaluation des programmes qu’ils financent. 

Un autre risque de cette controverse, c’est qu’elle pourrait donner au public l’impression que les organismes de bienfaisance et sans but lucratif, dans leurs entreprises sociales, agissent en contournant les contraintes de leurs missions. En réalité, la majorité des entreprises sociales sont très petites, solidement ancrées dans leur communauté et permettent de répondre aux préoccupations locales en toute indépendance. Les friperies, les jardins communautaires et les soupes populaires qui emploient des personnes faisant face à des obstacles à l’emploi sont des exemples d’activités d’entreprises sociales qui existent depuis très longtemps et qui répondent à d’importants besoins communautaires. 

Des changements aux politiques publiques sont absolument nécessaires

Bien avant que cette crise éclate, le pays aurait pu bénéficier d’une meilleure relation entre le gouvernement fédéral et le secteur de la bienfaisance et sans but lucratif. Les programmes des subventions et des contributions fédérales doivent être réformés pour optimiser les précieuses ressources organisationnelles et publiques. Les recommandations restantes du Groupe directeur sur la co-création d’une Stratégie d’innovation sociale et de finance sociale doivent être adoptées afin que les organismes puissent bénéficier en toute liberté des avantages des revenus d’entreprises sociales. Le pays a besoin de données de meilleure qualité sur notre secteur afin que les décideurs prennent en toute connaissance de cause les décisions qui le touchent. 

Ce dont notre secteur a besoin, d’abord et avant tout, c’est d’une « maison au sein du gouvernement » afin de mieux éclairer l’élaboration des politiques et des programmes qui s’appliquent aux organismes de bienfaisance et sans but lucratif. Une maison au sein du gouvernement aurait pu faciliter la conception de la BCBE en faisant appel à l’infrastructure existante des programmes au niveau local et à l’expérience et à l’intégrité du secteur dans la prestation des services communautaires. La controverse actuelle démontre une fois de plus à quel point il est important que le gouvernement fédéral et le secteur s’efforcent d’améliorer la santé et l’efficacité de leur partenariat.

Racisme systémique, mentalités colonialistes et pratiques de travail 

Cette controverse fait partie de plusieurs controverses qui ont révélé cette année des aspects problématiques de notre secteur. Les vérités présentées ci-dessus au sujet de notre secteur doivent être relativisées par la réalité suivante : la bienfaisance, la philanthropie et la signification de « faire le bien » dans notre société peuvent perpétuer de nombreux héritages identiques à ceux des autres institutions historiques. Le racisme systémique, les mentalités colonialistes et les pratiques de travail injustes sont enracinés à divers degrés dans le secteur de la bienfaisance et sans but lucratif. Il nous reste beaucoup à faire, à la fois à titre individuel et à titre collectif, pour rendre nos organismes et notre travail véritablement inclusifs et équitables. Certains tracent la voie à suivre au sein de notre secteur ; d’autres doivent l’emprunter et réfléchir de façon critique aux changements nécessaires et aux moyens de les accomplir.

La voie de l’avenir

Les organismes caritatifs et le gouvernement sont des partenaires indispensables pour une relance équitable. Pour que le Canada puisse se rétablir de la crise actuelle, nous avons besoin de garderies et de services d’aide aux personnes âgées de qualité. Nous devons également soutenir les jeunes, les personnes qui vivent dans la pauvreté, les personnes qui souffrent de problèmes de santé physique ou mentale et les autres groupes marginalisés. Si nous voulons reconstruire en mieux, nous devons lutter contre les oppressions systémiques, l’inégalité socio-économique persistante et la dégradation de l’environnement. Dans une large mesure, ce sont les organismes de bienfaisance et sans but lucratif qui offrent ces services, soutiennent ces populations et relèvent ces défis.

Pendant que les parlementaires resteront aux prises avec les questions soulevées par l’affaire en cours, Imagine Canada et ses partenaires continueront de soutenir les organismes pendant cette période éprouvante. Nous souhaitons souligner particulièrement le leadership de Bénévoles Canada tout au long de cette controverse. 

De concert avec les leaders des organismes de petite, moyenne et grande taille du secteur, nous continuerons de réclamer un programme de subventions afin que d’importants services puissent continuer à être offerts aux communautés. Nous espérons que vous communiquerez avec votre député(e) pour lui demander d’appuyer cet investissement dans notre secteur.

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Déclaration de relation : Imagine Canada est un organisme basé sur l'adhésion et Mouvement UNIS est l'un de nos membres. L'adhésion est distincte de notre programme d'agrément et Mouvement UNIS n'est pas une organisation agréée. Imagine Canada a été approché en mai par Mouvement UNIS pour faciliter des introductions au sein du secteur. Imagine Canada s'est vu offrir un contrat pour effectuer des évaluations dans le cadre de la BCBE, une offre que nous avons finalement déclinée. Notre PDG, Bruce MacDonald, avait initialement accepté de participer à un comité consultatif pour le projet. Il s'est retiré de ce Comité consultatif avant même la première réunion. Nous avons publié un article de blogue sur ce sujet.

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