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Faire plus avec moins : l’impact de l’inflation sur les organismes de bienfaisance et les OBNL

Faire plus avec moins : l’impact de l’inflation sur les organismes de bienfaisance et les OBNL

food bank

Le Canada vit une montée de l’inflation jamais vue depuis des décennies. En février 2022, l’Indice des prix à la consommation a augmenté de 5,7 % par rapport à l’année précédente, la plus forte hausse de l’inflation en plus de vingt ans (depuis août 1991). La hausse de 1 % de l’inflation de janvier 2022 à février 2022 est la plus forte hausse mensuelle depuis février 2013. Dans notre vie quotidienne, l’inflation se traduit par une augmentation générale des prix des biens et des services dans l’économie. Les frais de logement enregistrent l’augmentation d’une année à l’autre la plus prononcée depuis août 1983, et les loyers sont en hausse de 4,2 %.

L’inflation augmente lorsque les coûts de production augmentent ou lorsque la demande augmente, une augmentation qui, dans les deux cas, entraîne une hausse du prix des produits. Les événements actuels sont des facteurs importants qui influencent l’inflation. Par exemple, la hausse actuelle des prix de l’essence est en grande partie due aux conflits géopolitiques au Moyen-Orient et en Europe de l’Est.

L’inflation, que l’on mesure généralement à l’aide de l’Indice des prix à la consommation (IPC), est importante, car elle réduit le pouvoir d’achat, c’est-à-dire ce qu’une personne peut acheter avec une somme d’argent donnée. Par exemple, pour le même panier de biens qui vous aurait coûté 100 $ en 2000, vous devriez débourser 156 $ aujourd’hui. Cela correspond à une diminution de la valeur de l’argent de 2,04 % annuellement. Autrement dit, la somme d’argent qui vous permettait d’acheter pour 100 $ de biens en 2000 ne peut acheter que pour environ 64 $ de biens aujourd’hui.

Impact de la hausse de l’inflation sur les organismes de bienfaisance et les OBNL

La perte du pouvoir d’achat causée par la hausse de l’inflation que nous vivons aujourd’hui a de nombreuses conséquences sur les organismes de bienfaisance et les organismes à but non lucratif (OBNL), dont certaines qui touchent uniquement leur secteur. La plus récente enquête sur les attentes des consommateurs du Canada réalisée par la Banque du Canada révèle que 57 % des personnes sondées se disent plus préoccupées par l’inflation aujourd’hui (en date de novembre 2021) qu’au début de la pandémie. En outre, les Canadiennes et les Canadiens sondés estiment que les autorités publiques ont plus de difficulté à maîtriser l’inflation actuellement, mentionnant entre autres raisons des facteurs allant au-delà de la pandémie et de ses conséquences, comme les changements climatiques. Ils ont notamment déclaré qu’ils considéraient maintenant l’inflation comme la variable économique la plus importante, devant les emplois, l’impôt et les taxes.

L’enquête a également révélé que les travailleurs ne s’attendent pas à ce que les salaires augmentent au même rythme que l’inflation (les salaires de la plupart des travailleurs ne sont pas ajustés à l’inflation). Cette tendance à long terme fait en sorte que les travailleurs s’attendent à avoir moins de revenus disponibles dans un proche avenir.

Augmentation de la demande de services

L’inflation exerce des pressions financières supplémentaires sur les personnes et les familles à faible revenu, ce qui entraîne une augmentation de la demande pour les services que les OBNL offrent pour répondre aux besoins des communautés. Au cours de la dernière année, les taux d’inflation inhabituellement élevés ont représenté des réductions de salaire et une perte du pouvoir d’achat, tant pour les travailleurs que pour les organisations. Cette perte de pouvoir d’achat désavantage les familles et les personnes à faible revenu qui avaient déjà du mal à subvenir à leurs besoins et comptaient sur les services des OBNL pour les aider à joindre les deux bouts.

Les organismes de bienfaisance et les OBNL existent pour combler les lacunes du filet de sécurité sociale, et la demande pour les services qu’ils offrent est corrélée à l’incapacité des gouvernements à adopter des politiques de soutien qui favorisent l’indépendance économique. Lorsque les salaires ne peuvent pas suivre le coût de la vie, des personnes et des familles sont obligées de compter sur les services des OBNL, comme les banques alimentaires, les centres de distribution de vêtements, les refuges, les centres de santé ainsi que les programmes sportifs et récréatifs pour répondre à leurs besoins.

Diminution du pouvoir d’achat

Parallèlement, le secteur de la bienfaisance et sans but lucratif doit trouver des moyens de répondre à la demande croissante en dépit de la baisse de son pouvoir d’achat. En ce qui concerne les organismes du secteur qui fournissent des services à faible coût, qui gèrent des entreprises sociales ou qui mènent des activités génératrices de recettes, les données de Statistique Canada montrent que l’augmentation des coûts peut dans certains cas être transférée aux clients. Environ 10 % des OBNL ont déclaré qu’il était très probable qu’ils transfèrent les augmentations de leurs coûts à leurs clients, ce qui est en deçà de la moyenne de 35 % pour l’ensemble des entreprises et des organismes. Dans les cas où il est absolument nécessaire de transmettre les coûts aux clients pour maintenir les services, l’accessibilité financière devient source de préoccupations. Or, contrairement à la plupart des autres secteurs, de nombreux organismes de bienfaisance et OBNL offrent leurs services gratuitement et ne sont pas en mesure de transmettre la hausse de leurs coûts aux consommateurs sous la forme d’une augmentation des prix. Toutes les augmentations de coûts, y compris les salaires, le loyer et les fournitures, doivent être absorbées par l’organisme de bienfaisance ou l’OBNL. Pour les organismes qui ont besoin d’un espace physique dans des lieux centraux des villes où ils mènent leurs activités, vous aurez compris que la hausse des loyers peut leur causer bien des soucis.

Diminution du financement réel

La croissance moindre des salaires par rapport à l’inflation risque d’avoir de graves conséquences sur la capacité des organismes de bienfaisance et des OBNL à collecter des fonds auprès des donateurs. Le désir des gens de faire des dons est souvent lié à un surplus de revenus. Lorsque les consommateurs ressentent la diminution de leur pouvoir d’achat, ils sont moins enclins à faire des dons. Les dons mensuels fournissent aux organismes de bienfaisance et aux OBNL un financement prévisible et sûr dans le temps, mais ces montants n’augmentent par contre pas avec l’inflation. Des études comme celles de la Charity Aid Foundation révèlent que les gens donnent généralement des montants ronds (p. ex., 10 $, 20 $, 50 $). Par conséquent, à moins qu’un donateur ou une donatrice décide de hausser le montant de ses dons ponctuels, ces dons n’auront pas les mêmes impacts que par le passé.

Cette réalité vaut également pour le financement gouvernemental; un financement pluriannuel qui ne tient pas compte de l’inflation perdra essentiellement de sa valeur chaque année. La stabilité promise par un financement pluriannuel qui ne tient pas compte de l’inflation fait en sorte qu’il est plus difficile pour les organisations de combler les lacunes qui ont été initialement créées par des politiques gouvernementales inadéquates.

Mesures à prendre pour améliorer la situation

Les gouvernements et le secteur sans but lucratif peuvent prendre diverses mesures pour réduire la pression que la hausse de l’inflation exerce sur les organismes de bienfaisance et les OBNL.

La réduction de la pauvreté est un moyen éprouvé pour diminuer la dépendance aux organismes qui viennent en aide aux personnes à faible revenu. Par exemple, des politiques publiques comme la hausse du salaire minimum et l’accroissement des investissements dans l’aide au revenu et les prestations d’invalidité réduisent le recours aux banques alimentaires. L’augmentation des loyers est un autre facteur qui pousse les gens à recourir aux banques alimentaires et aux refuges, ce qui montre que l’instauration d’un contrôle des loyers et l’adoption d’autres règlements en matière de logement sont des mesures qui peuvent réduire efficacement la demande de services fournis par le secteur sans but lucratif et de la bienfaisance.

En outre, les accords de financement public devraient inclure une clause sur les augmentations inflationnistes. Il conviendrait de prioriser les organismes de bienfaisance et les OBNL qui offrent des services gratuitement lors de la modification des accords de financement, car ce sont eux qui subissent le plus durement les effets de l’inflation. Des sous-secteurs du secteur de la bienfaisance et sans but lucratif ressentiront différemment les effets de l’inflation, de sorte que les accords de financement public devraient cibler les organismes les plus durement touchés. La mise en œuvre d’une approche flexible exige des paramètres précis afin de comprendre et de gérer les effets néfastes de l’inflation sur les organismes de bienfaisance et les OBNL pour s’assurer que tous les organismes reçoivent un soutien équitable.

Afin d’éviter le même problème en lien avec la baisse de la valeur réelle des dons pluriannuels, les organismes de bienfaisance et les OBNL devraient renseigner les donateurs sur les impacts que l’inflation a sur eux et leur proposer d’ajuster leurs dons en fonction de l’inflation. Dans le cas des dons ponctuels, c’est un peu plus compliqué, mais il est possible d’inciter les gens à augmenter le montant de leurs dons en donnant un exemple clair de ce que l’organisme peut accomplir avec un montant donné. Même en l’espace d’une seule année, l’impact de l’inflation est perceptible pour l’organisme, mais pourrait probablement être absorbé par un donateur. Il est possible de changer le comportement des donateurs en menant des campagnes cohérentes, en particulier si elles sont coordonnées entre plusieurs organismes.

Comme l’inflation continue d’augmenter, les organismes de bienfaisance et les OBNL doivent trouver des façons de s’adapter aux conditions économiques changeantes tout en maintenant leurs services. Le financement public et les dons pluriannuels procurent une certaine sécurité et stabilité financière aux organismes, mais l’ajout d’une clause relative aux augmentations inflationnistes dans les accords de financement préviendrait la légère érosion annuelle de la valeur du financement. Les campagnes d’information à l’intention des donateurs peuvent sensibiliser le public à cette question, renforçant ainsi le débat sur la valeur des dons versés. Plus important encore, tous les ordres de gouvernement ont la responsabilité de mettre fin à la pauvreté et d’améliorer radicalement les conditions matérielles de tous ceux et celles qui vivent au Canada.

Les recommandations stratégiques formulées sont celles de l'autrice invitée et ne reflètent pas nécessairement celles d'Imagine Canada.

 

Remerciements

Ce projet a pu être réalisé grâce au généreux soutien de notre partenaire principal, BULLWEALTH.

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